lune

Vous aussi, je me doute, vous vous êtes déjà sortis de la le cture d'un texte court persuadés de l'avoir lu plus long qu'il le n'est. Peut-être même, plus loin encore, peut-on parler de la densité du texte, celle qu'on aperçoit en lisant, par delà les lignes de l'auteur. C'est un peu le cas du texte d'aujourd'hui.

Le conte de la lune non-éteinte est basé sur une intrigue assez triviale et ses personnages peu nombreux. Son développmeent est rapide et son dénouement n'est l'objet d'aucun mystère ni d'aucun suspense. Plus encore: même s'il y est question de vie et de mort, le récit se développe dans une torpeur palpable qui donne corps à son cachet.
Tous les personnages, que l'on peu associer par paire tant Boris Pilniak le fait pour nous, s'oppose dans une amitié et/ou un respect qui les exonère de tout affrontement et de tout désaccord. Leur nature les oppose, non par leur position sociale dans le monde soviétique dépeint au fil des lignes ou par leur parcours tous décrits comme riches et valeureux mais par ce qu'ils sont en eux même. C'est ce qu'ols sont au fond d'eux même qui tait leur position et les dévoile comme ils sont: le général est homme, le médecin est homme, le cheminot est homme et leur opposition placide et immobile s'exprime avec d'autant plu de douceur.

Le récit tout entier relève bien de ça: l'immobilisme devant la question la plus importante. Un personnage déifié par ses proches grâce à son parcours hors normes, une fin de parcours assumée par personne mais à laquelle personne ne s'oppose, un désaccord qui se doit d'être violent mais qui coule vers un non-choix, des personnages à fortes statures qui se contemplent les uns les autres.
En allant plus loin, on peut même se dire que les personnages eux-mêmes, tous, s'opposent à leurs positions, leurs responsabilités et leurs charismes dont ils taisent l'espression. Tous s'avèrent être des pontes dans leurs domaines sans jamais montrer qu'ils ont accédé à ce statut.
Et Boris Pilniak restitue bien ce lent immobilisme empreint de mouvement presqu'imperceptible. Le rythme est lent et ne s'accélère que quand les personnages le veulent mais ont recours aux machines pour, les personnages se contemplent eux-mêmes mais pas les uns les autres et c'est ce sentiment de langueur qui imprègne les lignes de Pilniak, à moins que ce ne soit l'inverse. Tout cela, c'est le premier matériau de l'alliage que je vous présente et qui donne toute sa saveur au texte.

Le second est froid. Tout froid.
Tous se connaissent, s'apprécient (ou pas, mais en tout cas, se respectent sincèrement). Certains sont amis, se sentent redevables de l'autre par leurs parcours mais ne s'expriment qu'avec une chaleur distante ou une froideur tiède comme si leurs interactions étaient prisonnières du dénouement redouté. L'absence de la chaleur pourtant suspectée, ou espérée, densifie leurs sentiments à tous.
Cette fraîcheur s'étend même au delà d'eux. L'apparition de la neige où de la nuit, aux moments où les personnages se dévoilent le plus volontiers au lecteur, accompagne qui explore le texte au coeur même de la température que Pilniak transmet par ses lignes. Ce climat de torpeur, de non-choix ou de mouvement trop lent qui révèle presque le dénouement à tous les protagonistes de l'histoire donne au texte toute l'épaisseur et la densité que l'on ne voit pas de prime abord.

Une fois en main, on a l'impression que Le conte de la lune non-éteinte est un petit texte à croquer, amuse-bouche entre deux autres lectures que notre esprit identifierait comme investissements intellectuels. Une fois refermé, il faut bien attendre la digestion et se laisser mariner encore dans le texte pour en saisir la portée, la douceur et la violence. La poésie, aussi, celle qui jallonnent toutes les lignes et tous les textes de Boris Pilniak. C'est ce mode d'énonciation, ce choix d'expression qui tire les personnages et ce qu'ils font d'eux-même dans une torpeur agitée où eux-mêmes semblent avoir voulu arrêter le temps pour permettre la sortie de l'un d'eux.
Il fallait, pour cela, utiliser le réalisme social non pas cynique, comme le faiait Maupassant, mais cru et brutal comme le fait Pilniak ici. Mais enveloppé de poésie pour le laisser confit au sein des personnages, ou plutôt au sein de ce qu'il y a entre eux et au sein des duos qu'ils prennent soin de former.

Il y a des textes à ne pas sous-estimer mais, plus encore, il y a des textes dont la qualité réside dans l'écho qui résonne dans l'esprit du lecteur quand l'auteur a terminé. Nous faisons le silence qui suit une lecture et qui donne toute sa couleur au texte, et il nous faut, pour ça, prendre le temps d'en profiter.