thumb__320_500_0_0_auto

Il me faut confesser, avant de vous parler de Nature morte dans un fossé plus en détail, que je n'ai jamais vu la pièce montée. Je ne l'ai jamais vue sur scène, je veux dire. Montée, quoi.

Nature morte dans un fossé, c'est une pièce mais pas vraiment, en fait. A force de relever autant d'Agatha Christie que d'Edward Hopper, de Nestor Burma que de Montalbano, du flic américan fan de jazz et consommateur de whisky que des coins reculés en marge de l'atmosphère exhalée par la terre des champs qui environnent Sienne jusqu'à s'inscrire en elle, on est un peu partout. Plus encore: à la lecture, en tout cas, elle donne plus l'impression de verser régulièrement dans le polar. La construction est assez triviale et consiste en enchaînement de monologues par tous les personnages de l'histoire qui retracent une enquête en apparence classique et linéaire: un mort, un flic, les bas-fonds de la ville, un coupable. Le schéma s'est vu pas mal de fois et a été tiré dans tous les sens, été exploré de fond en comble et exploité sous toutes ses formes, quel que soit le support. Sauf au théâtre.

Bon, déjà, si on sort de Douze hommes en colère, La perruche et le poulet ou Huit femmes, les pièces policières ne sont pas nombreuses. On préferera la narration ou la vidéo pour déployer ce genre d'intrigue. Sur scène, une fois montées, ces pièces-là suivent une construction classique où les personnages interagissent. Ici, les personnages ne figurent jamais ensemble, parlent de leur interactions et de leurs rencontres sans qu'on puissent les voir. Nature morte dans un fossé se démarque aussi par son discours indirect systématique, en plus d'appartenir à un genre très peu répandu.

Evidemment, Nature morte dans un fossé prend sa place dans une toute petite niche, hein ? Le théâtre est une infime part de la production littéraire et éditoriale et les pièces policières sont un petit quartier en son sein. C'est cette singularité qui donne un charme au texte qui, en restant en marge et du théâtre et de la littérature policière, constitue autant une oeuvre indispensable par son mélange de genres peu répandus ou par sa construction qui lui sied san toutefois relever ni de l'un ni de l'autre, qu'une entrée peu commune vers ces genres et sans doute pas la meilleure porte.

Quoiqu'au fond, on connaissent déjà la littérature policière et le théâtre. A ce titre, c'est une expérience délicieuse de s'y lancer et de trouver le point d'achoppement entre longs monologues dans un genre qui n'en utilise pas, roman policier qui a besoin de la forme théâtrale pour laisser sa saveur se déployer ou pièce qui verse dans un genre peu fourni pour s'affirmer.