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Ou l'inattendu. Je commence directement l'article avec un titre alternatif, ce genre de truc possiblement annexable à un éventuel making of, à ceci prêt que la chose s'avère complexe à réaliser lorsqu'il s'agit de l'apposer en complément d'un écrit. Et maintenant que je me suis sorti de cette phrase, je ramène Bernard.

Bernard Vuillème à ici engendré Pablo Schötz, personnage que je n'ai que vaguement envie d'évoquer s'il s'agit de son état et de sa situation actuelle parce que ce n'est pas le propos. L'important, ou du moins le principal vecteur de Sur ses pas, c'est Pablo Schötz avant. Le périple saugrenu et intime qu'il entame, l'étrangeté de la clef retrouvée entre deux classeurs, le mystère de la serrure et/ou de la porte qui allait avec eux-mêmes ne sont que le pétexte dont le texte dans en ensemble avait besoin pour être nourri comme il le demandait.
L'intérêt du texte, et Bernard y fait plutôt bien évoluer Pablo,c'est la course en arrière du personnage, les photos vivantes de ses souvenirs, le reboot jusqu'à l'enfance dont l'adulte qu'il est devenu ne sera que spectateur. Pablo court vers avant et assiste, se revoit gamin, puis ado et caetera jusqu'à se redécouvrir carrément. La grande piqûre de rappel. Le personnage, donc, était tout à inventer non pas en fonction de ce qu'il est mais par la manière dont il est devenu et le chemin qu'il a suivi malgré lui pour l'être finalement. On y retrouverait presque un peu de Mr Nobody, de Jaco van Dormael, dans l'idée.

Bien que la plume soit un peu trop lourde, comme ces plats qui auraient gagné à être allegés en lardons, Bernard Vuillème, que j'appelle Bernard parce que je l'aime bien (même sans le connaître), livre quand même un truc pas mal. L'exercice de style n'en est qu'à moitié un tant l'enjeu expérimental du texte réside dans son approche du fond et non dans le manque de traditionnalité de sa forme.
Mais attention, ne nous effrayons pas des exercices de styles, expérimentations et autres termes employés. C'est parfois un peu lourd mais toujours bien écrit, c'est un rythme calme mais qui pousse à d'autres sensations à la lecture: on se retrouve face à l'histoire personnelle, familiale, physique, et même jusqu'à l'histoire de bâtiments qui renvoient à d'autres histoires familiales et personnelles, exhibant toutes les connexions possibles et pas forcément toute évidentes entre des gens qui n'ont rien à voir, qui ne se sont pas tous connus ou pas tous longtemps côtoyés mais qui ont fini par influer, même inconsciemment ou en faible quantité, sur le devenir d'autres bien après eux.

A bien y regarder, ce n'est même pas contemplatif, Sur ses pas verse plutôt vers l'exploration du temps qui passe, en prenant comme exemple l'odysée temporelle dans le présent d'un homme gris, sans trop de charisme ni de personnalité, un quinqua sans rythme et se retrouve face à sa propre immensité.
Et là encore, le lecteur finit par se retrouver face à un besoin primordial bien loin de celui auquel les toilettes apporte la solution: il faut trouver un autre lecteur, un autre qui l'a lu. La seule voie pour digérer et apprécier entièrement le texte, pour tout voir et savourer comme Bernard et Sur ses pas le méritent, c'est de croiser un autre lecteur. Le texte déjà grand gagne encore s'il est diffusé.