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De temps en temps, le problème de l'âge ressurgit. J'attaque fort avec une phrase imbitable, c'est comme ca. Je ne sais pas si on se connaissait à l'époque, mais le problème d'âge et/ou de maturité littéraire s'était déjà posé à l'âge imberbe et l'époque de mon premier contact avec Ivo Andric, qui n'en est pourtant pas la moitié d'un.

Il y a des textes avec lesquels on se rend compte que ca ne passe pas. Le flair détecte le texte haut de gamme, la belle plume, la densité des personnages, de l'intrigue, de la construction, l'audace de l'auteur et tout plein d'autres facteurs qui dénote une grande qualité littéraire. Pourtant, le drame arrive rapidement: il y a un truc qui ne passe pas. Et c'est à ce moment précis que je me dis de me contredire et de réfuter ma thèse branlante de malfoutue.

De problème d'âge, point. Il y a certains auteurs trop denses, trop costauds qui livrent des romans qu'on se doit de reconnaître exceptionnels parce qu'ils le sont sans aucun doute mais qui sont quand même trop.
C'est beau mais c'est lourd. C'est beau mais c'est large et ca ne passe pas dans la porte. Il y a trop de beurre pour qu'on puisse le finir. C'est excellent mais avec trop de gras, ca écoeure vite, et ca dégoute d'autant plus que c'est appétissant et qu'on a vachement envie de prendre une bouchée supplémentaire. Mais une saveur qui agace, ou une omniprésente, ou la première bouchée qui remplit déjà l'estomac et proclame la fin du repas avant de l'avoir commencé.
Bien évidemment que c'est frustrant. Mettez vous dans ce rôle: vous avez goûté, vous avez aimé, mais c'est tellement lourd que vous n'en voulez déjà plus. Le reste de fige devant vous mais vous ne pouvez plus.

Pourtant, La fin d'un roman de famille a tout pour être grand. Un grand fleuve qui rappelle par moment Le singe vient réclamer son crâne, un grand tableau familial dans la Hongrie des années cinquante, une construction dans laquelle le narrateur est tantôt le pèrede son fils, ou le fils du sien, ou le grand père de son petit-fils, ou le petit-fils de son grand père à lui. Une gymanstique audacieuse qui se met en place. Une atmosphère dont on ne sait pas si elle est figée ou virevoltante, un dépaysement d'une région elle-même dépaysée qu'on voit ici comme quelque chose de l'est et qu'on percoit comme tout ce qui vient de là bas. La construction du personnage principal mêlée, alternée avec ce qu'il est à l'âge adulte. Le toile de fond de l'époque et du lieu.

Il y a tout pour que ca passe, mais ca ne passe pas. Mais attention, ne dites pas que je vous sors que c'est un bouse, loin de là. C'est justement ca qui se trouve être la frustration terrible. C'est génial, mais ca ne passe pas. Sans doute, c'est propre à ma pomme, et vous allez le dévorer et convenir du texte top of the top, et sans déconner, je vous le souhaite à tous les deux. Autant à La fin d'un roman de famille qu'à vous. Parce que je vous aime bien, vous. Vous m'êtes sympathique.