Puisque le hasard me l'a dicté, je reste au Chili. C'est comme ca, cherchez pas. Et comme, assez-t'il tout étant, je suis un ange et que vous le savez très bien, je vous fais part de ma prochaine étape.

camanchaca

Le bonhomme s'appelle Diego Zuniga, avec un antenne sur le u, un tsunami sur le n et un point sur le i et son récit n'a rien a voir avec le ton sur lequel j'entame mon élucubration (qui lui, ne ressemble pas à grand chose). Alors s'il faut se recentrer, recentrons.

Je me souviens vous avoir déjà dit il y a un paquet d'années que sans nul doute, les sud-américains lavaient tout aussi blanc tant leur créativité explose en bouche. Il me semble que je parlais d'un argentin, mais force est de constater que ma remarque d'alors peut s'étendre vers le Chili aussi. Et sans doute vers le nord, mais restons au Chili deux secondes.

Diego Zuniga me conforte dans cette idée. Il ne faut pas s'attendre à un rythme éffréné, des personnages ubuesques et épaissis par la plume ou à un récit trash, mais somme toute, à quelque chose de plutôt commun. Et pourtant, le relief se fait sentir. Il y a quelque chose de plus dans ce récit commun, ces personnages moyens qui fait ressortir Camanchaca des autres récits communs.
On peut noter la construction, bien évidemment, le discours de l'ado racontant aujourd'hui deux histoires, l'une dans le présent, l'autre quelques années plus tôt. Les deux histoires restent à distance l'une de l'autre, bien distinctes et ne s'étouffent pas. Elles se laissent articulées en courts chapitres en alternance et partagent seulement les personnages les plus importants.

Le relief vient d'ailleurs, et une autre question, accessoire, celle-ci, me vient à l'esprit. Pourquoi, au milieu de tant de personnages normaux, une telle richesse tire le récit vers le haut comme seuls les sud américains savent faire ?
La richesse, les potos, n'est pas celle que les personnages portent en eux mais celle qu'ils s'échangent tacitement. On a le cadre familial d'une famille recomposée, vue par l'enfant initial dont le père s'est barré avec une autre. Il vit avec sa mère et son père, loin, avec sa nouvelle femme, son demi frère, et d'autres gamins qu'il ne connait pas. Le prétexte du voyage à l'autre bout du Chili est une formalité pour laisser le roman aller fouiller jusqu'au personnage du grand père, de l'oncle décédé jusqu'à en devenir un tabou épineux et blindé et de l'envie tapie, discrète et tendue du personnage principal, jeune ado, de vouloir en savoir plus. On peut y voir une volonté de construction, une recherche identitaire, bien évidemment, qui donne naissance à une question pas vraiment précise. Il veut savoir des trucs sur ses parents, leur vie ensemble, l'oncle mort, la conversion du grand père, la cousine qu'il n'a vu qu'une fois quand il était tout gamin, ses potes de quartier quand il était enfant.
On en arrive tous là, un jour, à ce moment où les questions qu'on se pose mollement depuis trop longtemps doivent être soldées et se manifestent doucement, sans violence ni brusquerie. Juste avec un besoin pressant de réponse, une envie de humer son passé sans rien chercher, de profiter de la valeur d'une époque révolue au cours desquelles il ne s'est rien passé de notable, à l'exception de l'évolution normale de soi même et des pemières fois où l'on s'apercoit qu'on a grandi.

Toutefois, mettons un petit bémol sur une accélération du rythme, vers la fin du récit. Ou pas une accélération, mais un faux rythme, celui où l'on court avant de marcher, puis de courir à nouveau, puis de freiner et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on s'apercoive que la vitesse de croisière qu'on avait trouvé déconne un peu.
Mais attention, ma question à moi est encore sans réponse. Comment, sur une histoire en apparence assez simple, l'auteur sud-américain arrive à densifier son récit ? A y mettre suffisamment pour le faire ressortir de la masse littéraire actuelle ? A pousser la construction des personnage suffisamment loin et avec suffisamment de précision pour ajouter au texte une saveur supplémentaire qui ne se retrouve que sous leurs plumes ?
Oui, je suis un peu jaloux, je dois le reconnître. Même si Camanchaca n'est certainement pas le texte du siècle, même s'il vole haut, je dois bien avouer que moi aussi, j'aimerais une telle technique pour construire mes personnages, les décrire et en parler comme le font Jorge Edwards et Diego Zuniga.

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