9782842612993FS

C'est bon, c'est bon. J'ai gueulé, et depuis la dernière fois qu'on s'est vus ici, je me suis calmé. Le temps ordinaire va pouvoir reprendre, et en plus de reprendre, on va symboliser ca par une grande question dont j'attends de votre part une réponse fournie et développée.
Avez-vous des ongles ?

Parce que ce petit opuscule que je vous présente là, en plus de ne pas être si petit que ca, en parle bien, des ongles. Imaginez une jeune demoiselle écossaise inconnue, sur laquelle l'histoire de donne aucune précision (sans âge, sans physique, sans profession, sans amour, sans passion quelle qu'elle soit, sans vie particulière. Ou en tout cas, sans vie annoncée par la plume de l'auteur). Imaginez une excroissance étrange et noire sous un ongle, et qui fini par choper une bonne partie de la dernière phalange. Imaginez qu'elle psychote.

La demoiselle de Glasgow (ou d'Edimbourg, ou Inverness, ou Perth, ou on s'en tape, je voulais juste écrire Glasgow) se lance dans une croisade burlesque pour éradiquer l'intrus, l'identifier, le massacrer et se gérer elle-même.
Par moment, Patrick Süskind se ramène avec son pigeon sur l'épaule, et son histoire de pigeon qui terrifie et bouleverse un vigile célibataire à la vie trop métronomique pour être rigolote. Le bonhomme était tout retourné de voir le départ de la maison décalé par ce regard rond et vide que seuls les pigeons, dans leur utilité trop capillotractée pour être honnête, peuvent avoir. Laura Hird ramène ce même schéma, avec quand même un personnage central plus enrichi que celui de Süskind, dont le nom m'échappe. On y trouve plus de misanthropie, de narcissisme, de terreur interne, de fragilité intérieure poussant à développer un tel rampart qu'elle ne sais plus vraiment si elle se protège elle-même d'elle même ou des autres. Avant l'arrivée du contrepied de cette excroissance chelou.

A trame égale, aussi surprenant que cela puisse paraitre, il semble que Laura Hird a fumé Patrick Süskind (homme d'un seul livre, certes, mais pas celui là, on préferera Le Pigeon au Parfum. Quand même). On pourrait même disserter sur les quelques point communs entre Patrick Süskind et Peter Handke, mais on ne va pas le faire, sinon Laura Hird va faire la gueule. Et puis on parle de L'ongle, là. On ne peut pas tout faire.
Néanmoins, comme trop, Laura Hird se rate sur la fin. Détachons nous de Süskind qui avait trouvé comment clore son récit et tournons nous vite fait vers O. Henry ou Raymond Carver qui se plaisait à amputer leurs récits des fins possibles et imaginables. A ceci près, évidemment, que les deux américains excellaient dans la forme courte, la petite nouvelle dont on comprend pourquoi elle s'appelle short story. Chez Laura, de notre côté de l'Atlantique, cent pages sans ellipse, un tel travail sur la psychose pourtant vachement bien décrite, rythmée et gérée, une construction léchée à la virgule près pour lâcher complètement le steak sur la fin, c'est quand même dommage.
Tout le parcours se déroule pépère, sans problème, jusqu'au saut final. Le dernier refus d'obstacle qui apporte la réponse à la question et laisse complètement le personnage. La demoiselle à l'ongle pourri qui intrigue et intéresse, qui se construit page après page, sous les yeux du lecteur, par un pétage de cable maitrisé, réaliste et tout ce qu'il faut pour qu'au final, on ait un dénouement, presqu'aucun élément de réponse sur la grande question du roman et plus rien sur le personnage pourtant vachement bien construit.
Tu es en cours de francais, aujourd'hui, c'est rédac, tu ponds un texte et le prof finit par annoncer qu'il reste dix minutes. Tu regardes ta copie, tu torches une fin en te disant que c'est con, parce qu'avec une demie-heure supplémentaire, t'aurais tout terminé au quart de poil de ce que tu veux, t'es pas content de la fin que tu bâcles, impuissant, et tu te dis que merde. La question, maintenant, c'est de savoir qui, pour Laura Hird, avait pouvoir sur le délai imparti.