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Comme je suis revenu avec le muguet et que ca n'a aucun rapport, je m'astreins à un redoutable exercice. A propos de cet objectif personnel, il me faut me confier à vous: voilà quelques semaines que j'ai lu Comment élever votre Volkswagen, et force m'a été de constater que, jusqu'alors, mes efforts sont restés vains. Je ne sais pas comment en parler. Odieusement, je vous reconvertis tous en psychologues littéraires.

La question de savoir si Comment parler de votre Volkswagen est un texte comme les autres est plus épineuse qu'il n'y parait et finalement annexe. Certes, s'il était standard, j'en parlerais facilement et fadassement en usant de mots mots pour vons expliquer mon indifférence à son égard. Définitivement, il ne l'est pas, et la difficulté réside dans la remise à plat de quelques repères littéraires qu'il occasionne. Je m'explique avant que vous décrochiez.
Quand vous vous lancez dans un texte, vous vous apercevez toujours, au fil de la lecture, que le travail de l'auteur provoque aléatoirement selon le lecteur des connexions vers d'autres lectures passées. Vous mettez plusieurs expériences en parallèle pour mettre quelques idées en ordre et défendre le texte aux diverses recontres futures. Point, ici. Le texte de monsieur Bauer (il ne s'agit pas de l'espion) ne se rapproche de rien d'autre.
Pourtant, il provoque un effet incontestable sur qui le lit. On peut donc dissocier le repère littéraire qui aide à en causer et le jugement littéraire qu'on ne doit qu'au texte. C'est classe, c'est un fait, mais la question de la transmission et de l'homélie qui doit l'accompagner reste en suspens, alors bougeons-nous un peu, voulez vous.

Une solution pourrait être de décrire bassement le texte, exposer le sujet, la manière de l'aborder, la plume, l'exploitation de toutes les possibilités qu'il offre, mais il me faut tordre le cou à ces critiques conventionnelles. En plus de voir ses pages jallonnées de surprises littéraires, le texte de monsieur Bauer (il ne s'agit pas du chanteur) est une surprise en lui-même. Il incarne même ce genre de chose, la surprise littéraire. Je pourrais vous parler de parenté (ou de filiation), d'amour paternel, de croissance physique et morale, d'histoire familiale et passer par des chemins de randonnée déjà très empruntés, mais je tiens à garder quelque chose proche de moi. Comment élever votre Volkswagen étant inattendu et relevant certaine qualité, il m'apparait inapproprié de passer par du commun pour décrire ce qui ne l'est pas.

Quelque part, c'est même logique. Le fer de lance des premières parutions du Nouvel Attila doit amener une certaine sensation par une matière agréable et inconnue qu'on ne retrouve pas ailleurs, fusse dans les autres premières du Nouvel Attila. Peter Bichsel ou Jérôme Baccelli également ont mis une singularité en valeur, mais, sans le voir nourri d'un fourmillement tel.
C'est un peu ca, Comment élever votre Volkswagen, finalement. Tu passes -pardon, vous passez dans votre librairie selon une fréquence qui vous appartient et tomber toujours sur la pile de ce texte précis, que le libraire a mis la exprès, et vous remarquez qu'il éveille votre curiosité à chaque fois. Alors vous en prenez un pour le feuilleter, l'ouvrez et, bien malgré vous, mettez à jour un monde inconnu et l'ouvrez au vôtre jusqu'à ce qu'en échappe toutes sortes de petites créatures qui colonise l'espace qu'elle découvre dans un fourmillement improbable. Cet instant vous laisse pantois, cette population grouillante qui s'empare de votre monde à vous, de celui dans lequel vous évoluez.

Vous ferez l'expérience, cher psylittéraire, je vous connais. Vous aurez sans doute cette sensation, jusqu'à vous oublier totalement. Vous serez, vous aussi, l'expérience de monsieur Bauer (il ne s'agit pas du stade) et vous serez bien content de l'être.

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