bichsel_histoires_extraordinairesAujourd'hui, je vous bassine encore. Et promis, je n'essaierais pas de faire court, parce que je ne viens pas avec une daube comme j'ai pu vous en servir par boite de douze en septembre dernier.
Aujourd'hui, je vous sers du Nouvel Attila, du Calque, du suisse, de la nouvelle, et une intro un peu foireuse que vous me pardonnerez, j'en suis sûr, pour faire rayonner votre charisme et votre magnanimité.

Pour vous resituer le Calque, avec une majuscule puisqu'il ne s'agit pas du papier de la maternelle, c'est Seumas O'Kelly ou Bernard Amy, entre autres. Et maintenant, c'est Bichsel, délaissé par Gallimard et repris par le Nouvel Attila, fils d'Attila tout nouvellement actif, et Héros-Limite dont Aubourdduvent vous a déjà parlé ici.


Et Histoires d'enfants, c'est un recueils de courtes nouvelles, presques de contes à picorer par-ci par là. C'est un yaourt nature qui procure un plaisir inattendu, ou du moins un plaisir dont on ne pensait pas qu'il serait si évident.
Bichsel va droit au but, se contente de l'essentiel, de la simplicité et du mot juste pour construire et décrire des personnages beaucoup plus complexes et riches que ne le laisse apparaitre sa plume. On se perd un peu entre Raymond Roussel et Raymond Queneau, avec quelques relents de Roberto Arlt et une rigueur qui rappelle Le balcon en forêt de Julien Gracq.
Pour compléter l'album panini des auteurs, j'en cite un de plus et remplit du même coup mon quota fictif de parallèles entre plusieurs auteurs: Bichsel rappelle aussi Bernard Amy. Et comme Amy ne vous dit certainement rien et que je ne suis pas foutu de me rappeler si je vous ai bassiné avec, je nous rafraichis la mémoire à tous. Bernard Amy est lui aussi publié dans la collection Calque d'Attila et est liable à Peter Bichsel par cette voie du rythme nu.
La rythmique de L'alpiniste et de Histoires enfantines sont comparables. On retrouve ce même essentiel, cette même aversion pour le complément circonstanciel, ce même zen chez l'un mué en tranquillité chez l'autre et cette même richesse onirique transmise malgré le dénument apparent de la plume. On en arriverait presque à une certaine nonchalence amenée avec un grand sourire sincère, une distance qui installe tout de suite une chaleur indéfinissable.

Ici, chez Bichsel, le mariage avec une certaine candeur donne aux nouvelles la perspective du conte, des vagabondages à travers la vitre de la classe pendant que le prof débite un cours sur la conjuguaison ou la multiplication. On a l'impression d'être dans les nuages et de se laisser porter vers une idée complètement random qu'on tire jusqu'au bou en la regardant se dérouler, lui accolant à chaque fois un élément supplémentaire en attendant que la sonnerie accorde le droit de courir dehors et d'aller continuer à rêvasser dans la cour, pour voir où menera l'histoire qu'on pond juste pour soi.
Histoires enfantines, finalement, est fait pour les grands qui ne peuvent jamais s'empêcher de rêvasser sur tout et n'importe quoi juste pour voir. Ou pour ceux qui remontent une rue pour voir où elle débouche. Ca laisse une impression de blancheur, de douilletterie, de cet instant où on commence à s'endormir, et où on sent que les muscles se détendent, que les paupières tombent sans tout accrocher sur leur passage, que l'esprit commence à se sentir en vacances. Histoires d'enfance, c'est un oreiller qui tend les bras.