Gloire, longévité et champ' à volonté au Nouvel Attila !

Oui, oui, Nouvel. Distinguons maintenant Le Tripode du Nouvel Attila, les deux gamins d'Attila tout court et qui continuerons à prospérer et à nous livrer les ovnis auxquels nous sommes certainement tous devenus addicts. Ne nous trompons cependant pas, les potes, ca ne change rien pour le lecteur. Et la meilleure preuve réside chez Jérôme Bacelli.

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Commandez vous un verre de ce que vous voulez, et ravissez vous d'Aujourd'hui l'abîme. Et au passage, tenez-moi presque au secret. Il faut m'empêcher de trop spoiler comme j'ai une fâcheuse tendance à le faire.
Pour vous expliquer pourquoi je me permets de vous demander ca, on va commencer par parler du hall d'entrée du texte. Imaginez un cadre en vacances dans un cadre plutôt plaisant (un monastère italien du Moyen-Age, par exemple) avec le conseil d'administration de sa boite. Le boss est un personnage assez étrange, un peu à l'image de Junior dans La ville absente, de Piglia, au passé opaque et la la culture comaque.
De ce décor là, le roman parait partir dans tous les sens, mais il n'en est rien. Tout est construit et maitrisé, et tout ce qui s'entremêle se nourrit. On se partage donc entre le monastère; les figures de la philosophie et de la science, celles qui ont changé, à leur époque, la manière de penser et de voir le monde et que le patron de la boite compte parmi les dernières âmes à connaitre leurs noms et leur travaux; le personnage principal qui connait ces figures par son taulier et nous restitue la manière dont il les a découvert et qu'il a de les voir; sa volonté de se couper du monde qui découle naturellement de cette nouvelle culture et la manière dont son entourage voit et vit sa décision.
Je vous vois avec l'envie de m'interrompre, mais laissez moi souligner un détail. La construction du texte, son architecture très moderne est particulièrement audacieuse, mais je ne vous en dirais pas plus là dessus. Le charme du texte, au delà du propos du rêveur terrestre, réside dans la structure du roman elle-même. Alors je ne vous en dis pas plus dessus, je vous laisse de quoi être surpris.

Pour le reste, on notera quand même quelques inconstances dans le rythme, certes. Regardez le verre que vous avez commandé et qui est maintenant à moitié vide, et imaginez que votre délicieux breuvage qui passait si bien prenait d'un coup en consistance ou en perdait, sur certaines gorgées. Point de rapport avec la construction ou le propos, la distillation ou le goût, mais quelques changements de textures involontaires et brusques.
Oui, des longueurs, probablement. Sans doute. Bien évidemment, ca n'enlève rien à la charpente complexe des grandes idées issues de l'Antiquité et qui ont passé les âges, trajectoire retranscrite ici par le mélange du personnage qui découvre, restitue, fait son beurre de ce qu'il tient maintenant, imagine de ses nouveaux maîtres à penser, envisage l'avenir proche ou tente d'expliquer à d'autres personnages secondaires, loin de là. Mais, mais ca rentre en ligne de compte malgré tout.

De toutes facons, et quoiqu'on en pense, d'Aujourd'hui l'abîme, je vous le recommande quand même. D'ailleurs, je l'ai dans mon sac, tenez. On reste dans l'attilesque, après tout, et le texte trouve parfaitement sa place parmi ses nouveaux frères. On est dans ce qui fait le charme d'Attila et du Nouvel, et même s'il n'occupe pas la tête du classement, ce serait con de l'occulter et d'en priver sa bibliothèque. Allez, tenez, prenez-le...