Et je choisis un titre sans doute un peu foireux, mais je m'en fous un peu en fait. On est pas là pour s'extasier là dessus, et on a autre chose à faire, quand même.
Parce que oui, aujourd'hui, je me ramène avec un texte très riche. Très abouti, je veux dire.

Même si je comprendrais votre hésitation quant à la plume (mais qu'est ce qui lui prend, à Adnihilo, c'est pas abouti du tout, cette écriture), je maintiens l'adjectif. C'est abouti.
Un peu comme Il pleuvait des oiseaux et ses arbres nus et noirs, le choix du ton correspond parfaitement à la narratrice, et c'est cette narratrice, ce personnage précisément qui donne à Dora la dingue tout son cachet. Et je vous le dis aussi, parce que c'est vachement bien quand c'est le cas, c'est ce genre de personnage qui alimente une discussion entre deux personnes qui ont lu le texte, fussent-elles totalement inconnues l'un de de l'autre.
Ida, l'ado de dix sept ans qui prend une certaine densité au fil des pages, c'est un personnage à double lecture, ou en tout cas, un personnage suffisamment bien amené par Lidia Yuknevitch pour qu'on entame, une fois la lecture terminée, tout un raisonnement à propos d'elle et de ce qu'elle peut être vraiment.

Alors oui, je sais bien que Dora la dingue sort seulement aujourd'hui et que pour le moment et pour quelques jours encore, personne sans doute ne pourra trop donner un avis sur Ida qui puisse faire écho au mien.
Pourtant, vous pouvez vous imaginer une ado en crise, pas très bien comprise de ses parents qui s'imaginent, comme pas mal de parents à propos de pas mal d'ados, que c'est la merde, qu'ils sont paumés et qu'ils sont en train de se perdre (même si généralement, il y a aussi un peu de ca). Ida est sans doute un peu perdue, mais elle sait à peu près où, ou en tout cas, on le sait pour elle. Elle a dix sept berges et rentrera bientôt dans l'âge adulte et sans doute à cause d'une sensibilité trop juste, se retrouve face à la richesse  du monde des grandes personnes et des facteurs plus ou moins marrants qui le composent, s'apercoit sans doute que ce monde se bâtit différamment selon chacun et selon la couleur et la direction qu'on veut lui donner, et c'est la multiplicité des voies possibles qui la laisse pantoise.
Elle va très bien, mais est un peu sonnée par la richesse qu'elle a devant les yeux comme n'importe qui devant un tableau de Jérôme Bosch, et aurait besoin d'avoir quelqu'un à côté d'elle qui comprenne son état, presque grisée devant l'étape qui arrive et le panorama qu'elle a, et toute une pulsion imaginatrice et créative qui la pousse, derrière elle, à avancer plus vite qu'elle ne le voudrait jusqu'à cette échéance là, précisément.

Mais si, mais si, je suis sûr que vous m'avez suivi. Je vous l'accorde, on note quelques irrégularités dans le rythme et dans l'écriture, si vous voulez, mais bon Dieu de nouille, on est pas là pour ca. On est là pour Ida et pour la manière dont Lidia Yuknevitch nous la présente et nous la décrit.
Et plus encore que ca, pour la manière dont elle décrit l'adolescence, sans prétention ni fioriture. Beaucoup plus sobrement et justement qu'un paquet d'auteurs, de romanciers ou de psys qui posent leurs travaux et écrits comme la parole d'évangile. Le sujet est hyper vaste et personne jamais n'en fera le tour complet ni n'en maitrisera la complexité, mais le pan que nous dépeind Yuknevitch est réaliste et bien rendu.

Alors sortez vous un peu, où prenez cinq minutes sur votre pause déjeuner ou en rentrant de l'école quand vous êtes allé(e) chercher le petit (ou la petite, c'est selon) pour passer dans votre librairie, quelle qu'elle soit, et prendre Dora la dingue. Je mesure assez mal l'impact de mes glorieuses homélies sur les ventes ni combien de lectures sont motivées par mes conseils, mais là, pour le coup, n'hésitez même pas à revenir ici après avoir lu le texte pour donner votre vision d'Ida. Parce que bon, je vous donne la mienne, mais ca marche sur le ressenti, ce genre de chose, et puisqu'on est pas tous pareils, vous l'avez surement vue autrement...