lucia_antonia

 

Oui, les potos, ce coup-ci, je vous emmène avec moi pour tenir en équilibre sur un fil perché à quelques mètres de hauteur et y retrouver Daniel Morvan qui est, lui, déjà en équilibre dessus.

Il nous y attend avec Lucia Antonia, son personage qui sautille sur le vide pendant que lui se débat avec et que nous le faisons bouger plus en montant dessus. Et pendant que vous crapahutez, je me perds dans mes pensées et me demande si j'ai bien aimé ce texte qui m'a fait vous emmener là haut. Elle est très déroutante, cette impression chelou de ne pas savoir du tout si on a aimé un texte ou pas.
Lucia Antonia, funambule, c'est une petite boite en fer que Mamie utilisait il y a cinquante ans pour conserver et tenir sèches les biscottes du petit déjeuner et dont vous vous servez aujourd'hui pour y ranger des photos anciennes. Et c'est une belle petite liasse, que vous avez là dedans. Chaque cliché vous amène à raconter à vous même (ou à moi, peu importe) l'histoire qui se cache derrière. ISavoir qui à pris la photo, qui est dessus, et ce qui se passait devant l'objectif à ce moment là.
Celle de Daniel Morvan, qui regarde toujours Lucia Antonia qui s'entraine avec facilité pendant que lui se cramponne, elle est remplie d'image de son personnage principal et de tous les secondaires qui l'ont construite, elle, et l'on amené à cette sérénité qu'elle exprime par le funambulisme. On l'écoute, elle, parler de son père et grand père, fondateur du cirque dans lequelle elle a fait ses premières armes; Arthénice, sa meilleure amie, funambule également et qui a vu, un jour, le sol se rapprocher trop vite; son cadre actuel, loin des obligations du spectacle, une grande saline fraîche sur la côte sans doute bretonne.

Parce qu'en effet, Daniel Morvan est breton. Et quand on lit Lucia Antonia, funambule, ca se voit pas mal. Le texte est à l'image de la Bretagne, sans couleur vive, mais on s'en fout. Paisible, zen, et pour peu, on en sentirait presque l'iode de l'océan baffer notre visage.
Un peu comme la Bretagne aussi, ca ne donne pas envie de l'extérieur, c'est une fois dedans que ca nous plait. Ca met une plombe à démarrer, mais comme toute bonne vacances, il suffit de se laisser aller et de laisser faire le texte pour qu'il puisse exprimer sa force cachée et très douce, somme toute.
On dirait un peu un vol de goélands, en fait. On passe plusieurs heures à les regarder voler sur la plage, et c'est un peu chiant, mais on a pas envie de partir malgré tout, et c'est seulement en fin de journée, quand le soleil décline et qu'on rentre qu'on se dit que même si c'était long et pas toujours hyper intéressant, ces goélands, ben on est content de les avoir vus et d'avoir passer l'après-midi à les regarder. On est contents sans vraiment savoir pourquoi, et on finit par ne pas se demander d'où ca vient. On est content, c'est tout.

Lucia Antonia, funambule, c'est exactement ca. Je suis satisfait de ma lecture, mais je ne sais pas vraiment si j'ai aimé. Ni pourquoi je n'ai pas aimé. Alors je vous livre une critique sans trop de forme ni de feu, avec juste une impression agréable, même si je ne sais pas d'où elle vient ni où elle va. Je pourrais bien vous dire aussi que les chapitres très courts et plus proches des anecdotes que de la densité habituelle du roman rendent le tout trop décousu pour enflammer le lecteur averti -ce qui est tout à fait vrai, ici, attention- mais je ne vais pas le faire.
Oui, ca aurait pu être mieux, mais c'est agréablement désarmant, ce petit texte.