couv-La-guerre-des-salamandC'est petit, c'est gros, et c'est grand. Et si je veux, je peux arrêter mon post là dessus. Le résumé en serait fait, et à défaut d'être limpide, est suffisant. Mais bon, je vous aime bien, et comme en plus je suis bien élevé, je vais expliciter tout ca. Quand même.

Quand je dis que c'est petit et gros, je parle de l'objet. Grand, c'est le texte, mais attardons nous un court instant sur l'objet. Mais vite fait.
C'est petit et gros, la mise en page est compacte et sur l'aspect pratique, ca alourdit significativement le manteau ou le sac. Et pourtant, il faut l'avoir et le lire. On y accordera l'assiduité qu'on veut, et si partager la lecture ou l'entrecouper d'autres vous parait préférable, n'hésitez pas. La guerre des salamandres est un texte génial mais sa lecture demande un investissement. Je veux dire par là que le bouquiner dans le métro, dans un bistro pendant une pause déjeuner, dans un train ou dans une salle d'attente est inenvisageable.
On repère assez vite que le projet littéraire de Capek, sa plume et l'ambiance du roman demande forcément que le lecteur y plonge totalement, et pour se faire, il est nécessaire, avant la lecture, de s'ôter tout facteur d'ambiance perturbateur et tout impératif qui pourrait arrêter la lecture au moment où l'on est lancé dedans à pleine vitesse.
Parce que c'est ambitieux, tout ca, et c'en est même la preuve que l'ambition, quand elle est une qualité, est une arme redoutable pour la réussite. Pour que vous cibliez bien La guerre des salamandres, tentez de trouver, comme ca, à brûle pourpoint, cet espace temps où se rencontrent Gordon Pym d'Edgar Poe, le souci du détail de Nathaniel Hawthorne, la grandeur de la littérature maritime d'Alexander Kent et l'épique de Tolkien. C'est vous dire si le texte final, aussi ambitieux soit-il, est réussi.

Attardons nous sur les deux premiers cités, dont la ressemblance est frappante.
Prenons Nathaniel Hawthorne et gardons Edgar Poe pour tout de suite après. Il y a chez l'un comme chez l'autre ce souci du détail, disais-je, et si l'on regarde, côte à côte, la première scène de La guerre des salamandres et celle de La lettre écarlate, on repère une plume similaire, une même scène figée plus proche du tableau que du film, et livrée à nous bien au delà de la descrpition. Toute la beauté de la narration est là, et toute la virtuosité d'un auteur est là, les deux arrivent à planter le décor, à écrire la scène d'exposition de leur roman décrivant un personnage qui marche ou qui se tient debout sur le pont de son cargo et en dérivant vers toutes les infos nécéssaires au lecteur pour savourer le roman comme il mérite de l'être sans que le passage de l'un à l'autre ne gêne ou ne paraisse capilotracté.
Pour Edgar Poe et Les aventures de Gordon Pym, les auteurs ont ceci en commun que leur récits d'aventures obéissent eux même règles qui assurent aux fans de l'un de trouver leur bonheur chez l'autre. On retrouve ces mêmes détails réalistes, ces mêmes coins du globe qu'on retrouve ailleurs, dans des récits visant d'autres sommets que ceux littéraires, on pense entrer dans un récit de mer comme on en trouve ailleurs, chez O'Brien, Kent ou Forester et dérive (avec le personnage) vers du fantastique qui verse plus dans une mythologie littéraire, vers des légendes exotiques créees par les auteurs eux même mais suffisamment bien foutues pour passer pour une exploitation littéraire du folklore local. Poe et Capek, donc, mettent au service de la littérature un matériau qu'on peut s'imaginer existant mais loin du secteur d'activité du romancier, et on s'apercoit de leur qualité de maîtres à tous les deux que lorsqu'on s'apercoit que selon toute vraisemblance, ils ont adapté pour la forme littéraire un folklore local qu'il avaient eux-même imaginé.

Et c'est toute cette gymnastique qui élève Karel Capek au rang de maître. Présenté, comme avait pu le faire Edgar Poe, comme un récit de voyage, c'est l'entretien même, qui passe presque comme un effet secondaire du roman (qui se désinteresse totalement de ca), du doute qui nous laisse penser sans raison valable qu'il a imaginé un folklore local à adapter. Comme quoi, même presqu'inconnu, c'est vraiment un tronche, Karel Capek.