ilya

En effet. Je me prends d'affection, voire d'admiration, pour ce folklore russe et ces mythes fondateurs. Et même, ce qu'Elli Kronauer qu'on appelle aussi Antoine Volodine (et vice versa), apporte à ces légendes et les alimente comme Chrétien de Troyes, Richard Wagner, Michel Rio ou Alexandre Astier ont alimenté la légende arthurienne.

Pour arriver à Ilya Mouromets, parce qu'il est dans le titre ce n'est pas pour rien (transition de haute volée, dites donc), quittons Sadko à Novrogord et suivons Ilya de Mourom à Kiev. Ilya est un personnage loin de Sadko, somme toute. Si le marchand de Novgorod est calme, riche et généreux, Ilya est un chevalier lourdement armé et qui ressemble un peu à nos chevaliers, ou du moins ceux mis en scène et immortalisés ou crées dans nos chansons de gestes. La chevalerie occidentale et la chevalierie russe ont donc la même noblesse morale en commun.
Ilya Mouromets partage également avec Lancelot du Lac le statut de chevalier errant. Le bogatyr (en russe), est un chevalier nomade, et même si on est pas si proche de Lancelot qui erre en se lamentant partout où il passe, sauvant la veuve et l'orphelin au passage, Ilya se balade avec ses acolytes Aliocha Popovitch et Dobrynia Nikitich un peu partout, sans être obligé d'errer. Il y a dans l'errance une absence de but et/ou de point de chute qu'on ne retrouve pas forcément chez le bogatyr.

Quant au texte, je vous le dit bien haut, il est sans doute moins adapté à la jeunesse que ne l'était Sadko. Je ne veux pas dire que ce n'est pas une histoire pour le jeune public mais que l'adulte trouvera dans la fantasmagorie et dans l'écriture poétique de Kronauer/Volodine une matière que l'enfant ne verra pas forcément. L'âge donne donc une autre vision de l'adaptation de la légende à l'époque actuelle.
On peut aussi parler de la richesse de l'univers de Volodine et du mariage heureux avec l'esprit des contes et légendes russes. Si l'adaptaion au XXe siècle n'apparait pas évidente ou n'apporte pas au texte sans doute autant que ce que l'auteur souhaitait, reconaissons qu'on aime se laisser porter par cet univers, et comme pour Sadko, le poids du matériau écrase un peu la plume. N'en sous-estimons pour autant pas l'apport du style à l'histoire, mais le contenu rend la forme plus pâle malgré ses couleurs.
Détail important également, après avoir lu l'aventure d'Ilya Mouromets contre le Rossignol brigand (vraisemblablement homme-oiseau, même si on savoure les paragraphes où la nature de la créature en question n'est que suggérée), son état de paysan paralysé, son voyage ses périgrinations et son état de chevalier charismatique final, on se trouve, après la lecture, demandeur d'un récit plus historique. Je vous laisse reprendre votre souffle après ma phrase de trois lignes et vous fait en même temps remarquer qu'historiquement, Ilya de Mourom dit Ilya Mouromets est vraiment censé avoir fait ce voyage, vraiment pasé par les endroits que cite Elli Kronauer, mais que son adversaire semble plutôt avoir été que fabuleux. On se délecte pour autant du fantasmagorique et de l'adaptation onirique qu'on a là.

Et avec un peu de déception, je vois arriver le moment où mon article sera trop long et le paragraphe qui vous fera décrocher, mais que voulez-vous, c'est sur ce qui nous transporte le plus qu'on est intarissable. Ceci dit, je vous bylinerais encore, ces prochains moins. Elli Kronauer/Antoine Volodine a livré quelques autres volumes de bylines à l'Ecole des Loisirs.