Sadko_et_le_tsar_de_toutes_les_mers_oceaParce que l'envie m'en prend et que la découverte d'une info m'a pas mal surpris et enthousiasmé, je vais vous embarquer vers ailleurs. Au détour des rayons d'une librairie en faillite et de livres bradés, j'ai lu au détour d'une page, d'un livre que j'avais acheté en ayant juste vu le nom d'Elli Kronauer, les bardes de Sibérie.
Ou du moins, bardes tels que nous, nous envisageons la musique gauloise et sa tradition orale. Parce que cette tradition orale a survécu là bas, dans ces régions pas commodes, jusqu'au début du XXe siècle, transportant encore avec elle les héros fantastiques ou mythologiques de la Russie ancienne. On y découvre une veine kiévaine, avec des preux chevaliers désintéressés et conquérants, beaux dans leurs armures noires et nobles de coeur; ou bien une branches dite de Novgorod qui conte les périgrinations fantastiques d'un célèbre marchand aux richesses inépuisables, généreux et bon, co-fondateur d'une république tranquille et pacifique.
Un oeil plus affuté que le mien ira même déceler le legs conséquent de ces bylines, ces chants épiques et fantastiques, à la littérature russe telle que Fiodor Emine l'a lancée et telle que nous la connaissons.

Elles sont un peu l'équivalent de nos chansons de gestes, ces bylines, finalement, avec une valeur historique moindre, sans doute, et une dimension mythologique bien plus développée. A l'époque où nos troubadours vantaient la chevalerie et les affres des seigneurs et du système féodal, les bylines russes portaient à travers un immense pays des légendes versant plus dans l'onirique que dans l'aventure, allant jusqu'à faire intervenir des personnages fantastiques qu'on retrouve plus, de nos jours, dans la fantasy. Si la fantasy s'inspire énormément du Moyen-Age, elle se trouv avoir un paquet de points communs avec les bylines.

Et le bouquin en question, alors. Trouvons une préface asse synthétique d'Elli Kronauer qui explique les bylines bien plus simplement et certainement beaucoup mieux que moi. Un oeil plus affuté et une connaissance de ces fables bien plus développé que le mien.
Le boulot dans lequel s'est lancé Kronauer (qui ne s'appelle pas vraiment Elli Kronauer, mais on va faire comme si) n'a pas du être simple, mais très intéressant. Une sorte d'exercice de style entre littérature et histoire, des textes de sa composition à partir de matériel ancien qui doivent mêler Russie ancienne et monde moderne.
Il s'est agit de composer des bylines modernes, avec les mêmes préoccupations et personnages, mais en incorporant les évolutions des derniers siècles. Les bylines originales étant devenues bancales, Elli Kronauer qui ne s'appelle pas Elli Kronauer a tenté d'y incorporer d'y greffer le XXe siècle qui est en contradictions totale avec ces chants fantasmagorique et légendaires qui ont bénéficié d'une longévité extraordinaire pour arriver jusqu'à nous.
On retrouve donc le riche marchand, Sadko, et un musicien doué par magie, Babylkane, dans quatres bylines modernes. On se trouve pris entre deux univers qui se marient très bien, l'univers post-apocalyptique d'Antoine Volodine (parce qu'en fait, c'est lui !) et l'écriture et les intrigues d'alors. C'est Volodine qui fait, mais l'époque qui parle.


Et c'est un merveilleux monde merveilleux. Presque de l'histoire, finalement, et ce à quoi croyait la population de l'époque et de ce qui la divertissait. Pour l'adulte, la richesse de ce que nous restitue Kronauer-Volodine est incroyablement précieux. Et pour l'enfant (parce que c'est L'Ecole des Loisirs, quand même), ce sont là des magnifiques histoires à leur lire avant de dormir.
Littérairement, je ne sais pas bien comment en parler, les qualités littéraires incontestables de Volodine-Kronauer s'effacant devant le passé non des textes mais des contenus, de là d'où vient cette mythologie russe ancienne et passe au second plan. Ce n'est presque plus du Volodine mais de l'ancien livré jusqu'à nous par un messager important. Antoine Volodine se mue en secrétaire de la tradition orale et de l'ancêtre de la littérature.
Et le boulot dans lequel Volodine s'est lancé est d'autant plus efficace qu'il donne envie, après avoir avalé gouluement son petit opuscule, d'aller se rancarder sur la byline, la tradition orale russe, les légendes d'alors et les autres personnage qui la peuple. On peut du coup aller vers Ilya Mouromets, Aliocha Popovitch, Dobrynia Nikitich, Igor Sviatogor ou même carrément, le Prince Vladimir. Parce que le domaine est vaste...

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