pigliaCette fois ci, je dois confesser que j'ai longtemps hésité à coller ce post dans la catégorie littérature espagnole, genre dix secondes. Et puis je me suis dit qu'en enlevant tout ce que le texte avait d'argentin, forcément, le texte n'avait plus aucun intérêt.

Ne comptez pas sur moi pour pitcher La ville absente, je ne le ferai pas. Non pas parce que ca me fait chier, mais parce que, malgré son épaisseur qui ne le laisse pas présager, le récit est tentaculaire.
Le personnage principal est aussi nébuleux que le récit et est pourtant intelligemment construit. Il s'agit d'un journaliste que la légende urbaine qualifie de demi dieu, allant jusqu'à dire qu'il est au courant de chaque évènement qui se produit dans la ville en question deux heures avant qu'il arrive. Pourtant, on ne connait pas grand chose, de lui. Il est peut-être anglais, aurait eu une famille, et fait plusieurs fois le tour de l'Argentine.
Pour le reste, attendez vous à une galerie de personnages assez différentes que ce qu'on retrouve dans un paquet d'autres textes. Il ne s'agit pas de la galerie de la comédie anglaise, ni italienne, ni de comédie du tout. Piglia a replacé en Argentine (dans celle de Peron, même) un roman noir bâti comme un roman d'ambiance dan lequel fourmillent des personnages au caractère riche et différents. Chacun demanderait même un bouquin entier pour être décrypté complètement.
Pour les lecteurs avides d'intrigue bien menée, plongez-y. C'est assez difficile à suivre, d'autant plus que les personnages spnt suffisamment consistants et denses chacun pour ne pas offrir de repères sur ce plan là. Pourtant, même bien bâtie comme ca, elle est quelque peu éclipsée par les personnages qui la nourrissent.

Le seul reproche à faire est un péché d'orgueil. A force d vouloir faire trop bien, on y arrive. Non pas dans la plume, certes moins dense que celle de Vincent Message (dont l'univers n'est pas si loin, si ce n'est que l'Argentine présente chez Piglia est plus rythmée, plus colorée même si La ville absente est un roman en noir et blanc, plus tout ca tout ca. En fait, décrire cet aspect de l'Argentine est assez compliqué parce qu'il demanderait plusieurs pages pour être expliqué mais qu'aucun mot n'existe pour qualifier cette ambiance si particulière.)
Pour revenir vite fait sur Vincent Message, je trouve même La ville absente plus aboutie que Les veilleurs. Ils ne sont pourtant pas comparables dans l'action ni l'intrigue, ni dans la place que tient l'imaginaire ou l'esprit des personnages dans les deux textes. Mais, pourtant, certains personnages prisonniers d'eux même sont comparables, et en ce moment, je suis en train de trop vous en dire.
Néanmoins, ces deux romans ont du chien, et le même plus qui les fait accéder à ce statut. Mais je maintiens que La ville absente surclasse Les veilleurs. On le situe mieux dans l'espace et dans le temps, on a à la fois ces repères et le manque de ceux que fournissent le personnages dans un roman plus conventionnel, et c'est aussi dans cette transition entre l'absence et la présence (hors de toute tentative de dissection de l'esprit argentin, là) qui sert encore plus le récit, lui ajoutant du cachet et le démarque à ce point de la masse des autres romans.

Il va falloir que je me taise, encore une fois, chers amis, parce que bon. Si je continue, je peux expérimenter sans obstacle notable présentation d'un texte jusqu'à l'infini. Et une fois arrivé au bout, je pourrais dire que oui, je l'ai fait.
Sur ces bonnes paroles, je vouas laisse lire La ville absente et vous laisser être happés par l'ambiance et les personnages. Parce que happé, c'est bien le verbe qui convient.