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Captif pendant quatre ans dans un stalag perdu en Allemagne, Raymond Guérin a eu le loisir d'écrire dans plein de carnets, et est revenu à la liberté avec pas loin de mille pages de mémoires qui restent, encore maintenant inédit. On a vu toutefois le Dilettante publier quelques extraits, imité ensuite par Finitude. Et ca tombe bien, parce que justement, c'est de ca qu'on va causer ce soir.

Retour de Barbarie est extrait du neuvième carnet et correspond pile poil au retour de Guérin en France et de sa ré-acclimatation à la vie civile et à sa ré-intégration dans le monde des ré-lettres.
J'ai craint, un court instant, de ne pas apprécier comme il se doit Raymond Guérin tant les écrits d'auteurs sur eux mêmes, qu'il s'agisse de carnets, de correspondance ou de journal m'emmerde toujours un peu. Mais, comme je connais le goût pour les bons textes du client qui me l'a conseillé (et pas conseillé en avancant simplement "C'est très bien, c'est...bien..." comme peuvent le faire une bonne dose de clients). Pour être honnête, je pseudonymisais ce client Monsieur Gentil avant de connaitre son nom, parce qu'il était gentil. Par exemple, il est arrivé, tout début janvier, devant mon bureau pour me dire qu'"Aujourd'hui, je cherche rien. Je suis juste venu vous souhaiter une bonne année". Ca ne s'invente pas. On en a qu'un seul, des clients comme ca. Et encore, je suis même pas sur que vous l'ayez. Ha !

Mais revenons à Guérin, que m'a vanté Monsieur Gentil. Retour de Barbarie commence vachement bien, dans les trente premières pages, du moins, soit entre ses derniers jours au stalag durant lesquels il n'a pas appris qu'il serait libéré, et ses repas incessants avec Paulhan, Queuneau, Arland, Gallimard, Clara Malraux, Camus et tous ces sémillants auteurs variés (sauf Gallimard qui est leur patron, mais bon). Et puis, l'attention décline, on assiste aux même scènes, aux même diners récurrents et à l même ambiance qui n'évolue pas spécialement, ou en tout cas trop peu lentement.
Quant à la plume, c'est pas mal du tout. D'autant plus que ce ne sont que des carnets, pas vraiment destinés au lectorat mais plutôt à des proches, un jour, et par conséquent avec un style un peu brut, pas spécialement travaillé. Un peu comme des rushes mais avec les fautes d'inattention en moins.
Donc, on peut penser que ses romans, destinés aux lecteurs et donc, plus ordonnés, plus écrits, culminent à un niveau supérieur. Monsieur Gentil m'a conseillé La peau dure et Quand vient la fin, sur lesquels je vais me jeter après Vila-Matas.